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Dossier spécial  : Novembre 2007 » La loi Borloo : un dispositif fiscal pour l'investissement locatif

 

Ce dispositif permet, sous certaines conditions, à un investisseur d'amortir son bien et aux locataires, sous réserve d'un plafond de revenus, de louer un bien neuf. Un peu plus d'un an après son lancement, il s'avère un bon instrument de défiscalisation.


DOSSIER SPECIAL LA LOI BORLOO : UN DISPOSITIF FISCAL POUR L'INVESTISSEMENT LOCATIF Ce dispositif permet, sous certaines conditions, à un investisseur d'amortir son bien et aux locataires, sous réserve d'un plafond de revenus, de louer un bien neuf. Un peu plus d'un an après son lancement, il s'avère un bon instrument de défiscalisation.

Le dispositif Borloo est inscrit dans la loi ENL, Engagement National pour le Logement, promulguée le 13 juillet 2006 et publiée au Journal Officiel du 16 juillet. Sa finalité est de favoriser l'accès au logement des classes intermédiaires qui trouvent difficilement des locations. Et pour inciter les investisseurs à acheter de la pierre, la meilleure astuce reste encore une économie d'impôt. Par ailleurs, cette mesure avait également pour but de corriger l'ancien Robien aux plafonds de loyers trop élevés, dépassant parfois les loyers pratiqués dans certaines villes et donnant lieu, par ricochet, à des aberrations soit au niveau des loyers trop élevés, soit au niveau du marché locatif où rien ne se passe faute d'un véritable marché locatif. Avec le Borloo, ces dérives n'ont plus cours compte tenu de plafonds de loyers revus à la baisse, notamment dans certaines zones où le plafond Robien ne correspondait pas avec le marché locatif local. Résultat : les investisseurs qui avaient calqué le remboursement de leur mensualité de crédit sur le montant du loyer promis, se sont trouvés avec des revenus inférieurs à ceux escomptés voire sans revenus et dans ce cas, sans locataire. Or, le fisc n'accorde qu'une année au bailleur pour trouver un locataire, faute de quoi l'avantage fiscal peut être requalifié. Avec le dispositif Borloo, davantage en phase avec la réalité du marché, ces risques sont amoindris, ce qui n'empêche pas toutefois l'investisseur de respecter les critères d'un bon placement, à savoir l'emplacement, la qualité du bien et l'activité du marché locatif.

Dispositif Borloo : comment ça marche ?

Le dispositif figure dans l'article 40 de la loi Engagement National pour le Logement et dans l'article 31 I du code général des impôts.

Le principe

Tout investisseur qui acquiert un logement neuf pour le donner en location non meublée à un locataire qui y établit sa résidence secondaire peut déduire de ses revenus fonciers 6 % du prix de revient pendant les sept premières années et 4 % pendant les deux années suivantes avec possibilité de proroger le dispositif pendant six ans à raisons de 2,5 % par an. L'amortissement peut ainsi atteindre 65 % sur 15 ans. Par ailleurs, les loyers encaissés bénéficient d'un abattement majoré de 30 %. L'amortissement se déduit des revenus fonciers de l'acquéreur, le reliquat éventuel s'imputant sur son revenu global dans la limite de 10 700 euros. Si le revenu global ne suffit pas à absorber le déficit, celui-ci sera alors imputé sur les revenus fonciers des dix années suivantes. Ces déductions ne s'appliquent que sur demande du contribuable. L'option doit alors être exercée lors de la déclaration de revenus de l'année d'achèvement de l'immeuble ou de son acquisition si celle-ci est postérieure. Dans tous les cas, elle est irrévocable.

Les conditions

Pour jouir de ce système, plusieurs conditions doivent être respectées

Les critères du logement

Le logement doit être neuf, appartement ou maison en village, ou en l'état futur d'achèvement. Il doit être loué pendant au moins 9 ans à un locataire qui en fait sa résidence principale.

Un plafond de loyers décliné en quatre zones

Le loyer doit être inférieur à un plafond réglementé. Les plafonds de loyers sont environ 30 % inférieurs à ceux des loyers libres dans le neuf.

•16,37 € pour la zone A (Paris et agglomération parisienne, Côte d'Azur de Hyères à Menton, Genevois français). •11,37 € pour la zone B1 (agglomérations de plus de 250 000 habitants, marchés spécifiques d'Annecy, Bayonne, Chambéry, Cluses, La Rochelle, Saint-Malo, Côte d'Azur autre que zone A, les départements d'Outre-mer, la Corse et les îles).
•9,30 € pour la zone B2 (agglomérations de plus de 50 000 habitants, les autres zones littorales et frontalières chères, ou à la limite de l'Ile-de-France).
•6,82 € pour la zone C (reste du territoire).

Ces plafonds, pour l'année 2007, s'entendent par loyer au m2 hors charges. La surface à prendre en compte est la surface habitable augmentée de la moitié des annexes dans la limite de 8 m2 (cave, cellier, balcon). Ainsi, si vous louez en zone B1 un logement de 65 m2 avec une cave de 4 m2 et un balcon de 8 m2, la surface de référence sera de 65 m2 + (12 : 2), soit 71 m2. Et le loyer mensuel ne devra donc pas dépasser 807,27 euros.

Les parkings non soumis au plafond de loyer
Si vous louez un logement avec parking dans un même bail, le loyer au m2 s'apprécie en fonction de la seule surface habitable. Plus astucieux est de faire deux baux séparés, le loyer du parking pouvant alors être librement fixé.

Un plafond de ressources des locataires

Destiné à répondre aux besoins en logement des locataires les moins aisés, ce dispositif impose un plafond de ressources des locataires. Si ces derniers ont des revenus supérieurs, ils ne peuvent donc prétendre à habiter ces logements. Les plafonds correspondent au cumul des revenus imposables à l'impôt sur le revenu de chaque personne vivant au foyer du locataire au titre de l'avant-dernière année précédent l'année de la signature du contrat de bail (N-2). Soit, pour l'année 2007, les revenus de l'année 2005. Ces plafonds, réévalués par décret chaque année, correspondent à ceux des logements financés avec un prêt locatif intermédiaire.

Plafonds de ressources en 2007

Ces plafonds correspondent à ceux du prêt locatif intermédiaire (PLI). Ils reflètent les quatre zones territoriales.

Catégories de familles Zone A Zone B1 Zone B2 Zone C
Personne seule 33 233 € 24 685 € 22 628 € 22 475 €
Personne sans aucune personne à charge à l'exclusion des jeunes ménages 49 668€ 36 250 € 33 230 € 30 209 €
Personnes ou une personne seule avec une personne à charge ou jeune ménage (1) sans personne à charge 59 704 € 43 398 € 39 782 € 36 165 €
Personnes ou une personne seule avec deux personnes à charge (2) 71 516 € 52 521 € 48 145 € 43 768 €
Personnes ou une personne seule avec trois personnes à charge 84 661 € 61 644 € 56 507 € 51 370 €
Personnes ou une personne seule avec quatre personnes à charge 95 267€ 69 535 € 63 740 € 57 946 €
Personne supplémentaire +10 617 € + 7 897 € + 7 239 € +6 580 €

Zone A : Ile-de-France (Paris + première couronne), Côte d'Azur et Genevois français.
Zone B : comprend les agglomérations de plus de 50 000 habitants et agglomérations chères situées aux franges de l'agglomération parisienne et en zone littorale ou frontalière.
Zone C : le reste du territoire
(1) Jeune ménage : couples mariés ou pacsés, sans personne à charge, dont la somme des âges est au plus égale à 55 ans.
(2) Personne à charge : enfants à charge au sens du code des impôts, et, si leurs ressources ne sont pas passibles de l'impôt sur le revenu, les ascendants de 65 ans et plus et les ascendants, descendants ou collatéraux infirmes.

Difficile de louer à un membre de sa famille
La location ne peut être consentie à un locataire appartenant au foyer fiscal du bailleur. En principe il ne peut pas être loué à un ascendant ou descendant, sauf...Les contribuables qui le souhaitent peuvent mettre leur logement à disposition d'un ascendant ou d'un descendant non rattaché à leur foyer fiscal pendant une durée qui ne peut excéder 9 ans dans la mesure où le logement a déjà été loué pendant 3 ans. Attention, pendant la période de location familiale, l'avantage fiscal est suspendu et le bailleur est alors soumis au droit commun d'imposition des revenus fonciers. Un dispositif compliqué qui rappelle celui du Besson en 1999..

 

Des sanctions en cas de non-respect

En cas de non-respect des engagements, le revenu foncier est majoré du montant de la déduction spécifique et des amortissements de non-respect des engagements du bailleur. Excepté dans des cas très précis liés à la situation du bailleur comme l'invalidité, le licenciement ou le décès du contribuable ou d'un des époux soumis à imposition commune.

A savoir
On peut cumuler un Borloo et un Robien, « recentré » ou non. Mais on ne peut cumuler un Borloo et un investissement dans les départements d'Outre-mer (loi Girardin).

Où investir ?

Il faut orienter sa recherche dans des villes où les loyers pratiqués sont compatibles avec les plafonds déterminés par la loi et qui sont, en général, de 30 % inférieurs à ceux des loyers couramment pratiqués dans les diverses zones. Dans de nombreuses villes, ce montant de loyers est compatible avec la réalité des prix du marché et avec les revenus des locataires. Toutefois, pour réussir son investissement, plusieurs paramètres sont à prendre en compte.

Appréhender le dynamisme économique de la ville

Il ne faut jamais se contenter de ce que vous entendez dire sur telle ou telle ville. Certaines connaissent un dynamisme flamboyant grâce à une monoactivité (aérospatiale, informatique, pneumatique, tourisme...). Mais le jour où cette « locomotive » s'en va ou périclite, la ville est plongée dans le désarroi et les investisseurs aussi faute de locataires. L'idéal est donc de regarder une ville où il y a un large tissu de petites et moyennes entreprises mais aussi des fonctionnaires (hopitaux, universités, préfecture et sous-préfecture...). Ou une ville qui renaît après des années de torpeur comme Dunkerque, La Seyne-sur-Mer, Nîmes, Saint-Nazaire, Le Havre... Pour en savoir plus sur une ville, contacter la Chambre de Commerce mais aussi les commerçants qui peuvent déjà vous donner une ambiance de la ville. Et généralement, ils ne sont pas tendres.

Sonder la vitalité du marché locatif de la commune envisagée

Vous achetez du neuf certes. Mais rien ne vous empêche et cela est même conseiller de quadriller les agences immobilières, d'une part, pour connaître les besoins en matière locative et d'autre part, pour avoir une idée des prix pratiqués dans les divers quartiers. Et vous pouvez bien sûr pour affiner votre recherche, surfer sur internet sur les sites des différents promoteurs ou des courtiers en placement immobilier. Attention aux marchés des certaines villes moyennes désormais courtisées par les promoteurs. Elles n'ont pas toutes la possibilité d'absorber les centaines de logements neufs et donc autant de locations.

Quelles surfaces acheter ?

Dans les grandes villes, le prix du loyer au m2 est souvent supérieur à celui autorisé par le plafond Borloo notamment pour les petites surfaces. Pour la simple raison que les petites surfaces au m2 se vendent plus chères que les grandes. Et pour obtenir un rendement correct, il faut donc louer cher. En revanche, les trois pièces, dans la zone B2 se louent souvent entre 8 € et 8,50 € et sont donc tout à fait compatibles avec le plafond Borloo (9,30 €). Certains professionnels prônent même des surfaces plus grandes ou des maisons individuelles. Attention toutefois à ces grandes superficies : d'une part, leurs loyers commencent à devenir conséquents et il faudra donc trouver des locataires capables de les assumer. D'autre part, arrivés à un certain montant de loyers, les locataires préfèrent profiter des taux d'intérêt attractifs et des prêts à long terme pour franchir le pas et devenir propriétaires.

Faut-il louer au prix plafond ou en dessous ?

Les avis des professionnels divergent. Certains préconisent de louer un peu en-dessous du prix de référence pour être sûr d'avoir un locataire solvable, d'autres recommandent de louer au prix autorisé pour atteindre une rentabilité correcte. Reste que si vous optez pour un loyer inférieur, soyez vigilant sur votre prix d'achat pour dégager une rentabilité même moyenne d'environ 3 % (contre 6 % en cas de loyers autorisés par les plafonds).

Acheter en ayant vu l'emplacement

Vous achetez un bien pour lequel vous vous endettez. Pas question, sous prétexte d'un avantage fiscal, d'acquérir un bien dans n'importe quelle ville pas plus que dans n'importe quel quartier. Le mieux est de procéder de la même façon que si vous vouliez l'habiter, c'est-à-dire d'aller voir sur place la situation exacte du programme. Ceux qui ne le font pas le regrettent trop souvent : une nuisance (voie ferrée, route nationale bruyante, ceinture circulaire ou boulevards périphériques...) fait autant fuir les locataires que les accédants !

Laure Granger

A savoir
L'investisseur peut financer son achat par le biais d'un prêt locatif social, (PLS), qui offre l'avantage de le faire bénéficier d'un taux de TVA réduit, 5,5 % au lieu de 19,60 % et d'être exonéré de la taxe foncière pendant 15 ans. Mais il doit aussi accepter des contraintes de plafonds de loyers et de ressources particulièrement bas de la part de son locataire.

Cas pratique

Monsieur et Madame Martin sont mariés et ont deux enfants. Ils achètent un 2 pièces avec parking au Mans
* Profil
Revenus imposables avant abattement fiscal (3 parts) : 117 000 euros
TMI : 30 %
Impôt sur le revenu : 20 632 euros
* Investissement
Montant de l'investissement (1) 130 000 euros
Apport:aucun
Taux d'intérêt d'emprunt:4,30 % hors ADI
Assurance décès-invalidité :0,28 % réparti à 50/50
Durée du prêt:20 ans (240 mois)
Loyer mensuel brut prévisionnel :455 € revalorisés de 2 % par an
Charges de copropriété : 4 % des loyers bruts annuels
Frais de gestion et d'assurances: 12,56 TTC des loyers bruts annuels
Taxe foncière annuelle:305 euros
(1) Investissement packagé
* Résultats

 

Taux de rendement interne sur 9 ans :8,28 %(pour une épargne mensuelle de 279 €)
Taux de rendement interne sur 12 ans :6,66 %(pour une épargne mensuelle de 290 €)
Taux de rendement interne sur 15 ans :6,7 %(pour une épargne mensuelle de 280 €)

(Source : Tagerim)

Le dispositif Borloo en bref

 

Loi Engagement national pour le Logement 13 /07/2006 JO du 16/07/2006
Mécanisme amortissement
Nature de l'investissement immobilier neuf
Avantage fiscal 6 % pendant 7 ans et 4 % pendant 2 ans Prorogation de 2,5 % pendant 6 ans
Déduction forfaitaire 30 %
Engagement de location 9 ans minimum et 15 ans maximum
Plafonds de loyers/mois(en €/m2) zone A :16,37 €, zone B1 :11,37 € zone B2 :9,30 €, zone C :6,82 €
Plafonds de ressources plafonds PLI (prêt locatif intermédiaire)
Communes prix au m2 en euros zone loyer plafond loyers de marché
        studio 3 pièces
Avignon 1800/2500 B1 11,37 % 10/12 8/9 €
Bayonne 2500/4000 B1 11,37 % 7/12 8/12 €
Brest 2000/2300 B2 9,30 % 6/12 6/9 €
Calais 2000/2300 B2 9,30 % 12/14 8/9 €
Le Mans 2000/2300 B2 9,30 % 12/14 9/10 €
Lille 2900/3600 B1 11,37 % 10/13 8/10 €
Lorient 2000/2500 B2 9,30 % 10/14 8/10 €
Lyon 2500/4200 B1 11,37 % 9,5/20 8/12 €
Marseille 2200/4400 B1 11,37 % 8/15 7/12 €
Nancy 1900/2500 B1 11,37 % 9/15 7/10 €
Nantes 2800/4000 B1 11,37 % 10/14 8/12 €
Nîmes 2500/3500 B2 9/30 % 7/15 6/12 €
Pau 2200/2900 B2 9,30 % 8/11 7/10 €
Perpignan 2500/3100 B2 9,30 % 8,5/14 7/9 €
Poitiers 2100/3000 B2 9,30 % 11/14 7/11€
Rennes 2800/3800 B1 11,37 % 12/17 10/12 €
Rouen 2500/3000 B1 11,37 % 9/13 6/11€
Saint-Etienne 2200/3000 B1 11,37 % 7/11 6/10 €
Toulouse 2900/4200 B1 11,37 % 8/17 8/13 €
Valence 2300/3100 B2 9,30 % 6/9 5/8 €
Valenciennes 2200/2900 B2 9,30 % 6/14 5/10 €

Sources : SeLoger Neuf, baromètre SeLoger, Foncia premier semestre 2007

Où se poser en région parisienne ?
La plupart des communes sont classées en zone A, soit à 16,37 €/m2. Mais un bon nombre de locations répertoriées dans ces diverses villes dépassent le montant plafond. Seules quelques-unes y sont éligibles notamment sur les 3 pièces comme Plaisir, Corbeil-Essonne, Colombes et la Garenne-Colombes, Aubervilliers, Aulnay-sous-Bois, Epinay, Deuil-la-Barre, Pontoise, Villiers-sur-Marne, Bobigny... attention donc avant d'opter pour le Borloo.